PILOTE DE LIGNE pendant 20 ans, il quitte sa passion par conscience écologique ✈️| Anthony Viaux
Entre passion des airs et conscience écologique
Anthony Viaux est un ancien pilote de ligne long-courrier.
Formé pendant plus de dix ans, lecteur passionné de Saint-Exupéry, il a passé des milliers d’heures dans les cockpits d’avions commerciaux. Voler n’était pas seulement son métier : c’était une vocation, presque une identité.
Et pourtant, Anthony a pris une décision radicale : quitter l’aviation commerciale pour des raisons écologiques.
Il raconte ce choix dans son livre Voyage interrompu, un texte à la fois lucide et profondément amoureux du vol, qui marque un tournant dans sa carrière.
Dans The Big Shift !, Anthony Viaux revient sur ce cheminement intime, depuis l’intérieur du cockpit jusqu’à la rupture, et interroge sans détour l’avenir de l’aviation face aux limites planétaires.
Dès le début de l’épisode, Anthony pose un cadre fort :
l’aviation telle que nous la connaissons aujourd’hui est une parenthèse historique.
L’aviation de masse est une construction récente, issue notamment de la Convention de Chicago de 1944, qui a structuré le transport aérien international après la Seconde Guerre mondiale. À l’époque, tout est pensé pour favoriser la croissance des flux, y compris des décisions toujours en vigueur aujourd’hui, comme l’exonération de taxe sur le kérosène.
Cette aviation industrielle, rapide, abondante, mondialisée, tranche radicalement avec celle des pionniers célébrés par Saint-Exupéry. Si la technologie a changé, l’imaginaire du vol, lui, est resté — parfois en décalage total avec la réalité environnementale actuelle.
Contrairement à certaines critiques militantes, Anthony Viaux ne règle pas ses comptes avec l’aviation.
Au contraire : Voyage interrompu est traversé par la poésie du vol, par la beauté des nuits en croisière, des étoiles, des paysages survolés à haute altitude.
Il le dit clairement : il y aura encore des avions, et encore des pilotes, pendant longtemps.
Mais selon lui, le problème n’est pas l’existence de l’aviation, c’est sa croissance continue, devenue incompatible avec les objectifs climatiques.
C’est précisément cette tension — aimer profondément un métier tout en refusant sa trajectoire actuelle — qui rend son témoignage si singulier.
Le déclic écologique d’Anthony ne vient pas directement du climat, mais de la santé et de l’alimentation, observées au fil de ses escales.
Il évoque notamment une étude comparant des Japonais vivant au Japon et des Japonais vivant aux États-Unis (notamment à Hawaï). Malgré une origine génétique similaire, les seconds présentent beaucoup plus de maladies cardiovasculaires et de diabète, conséquence directe de modes de vie occidentalisés.
Ces contrastes répétés, notamment entre le Japon et l’Amérique du Nord, amènent Anthony à une réflexion plus large sur nos modèles de société, de consommation… et de mobilité.
Être pilote, c’est aussi observer de près les flux mondiaux.
Anthony décrit une aviation qui transporte autant des passagers que des marchandises invisibles : fleurs colombiennes acheminées vers l’Europe, produits périssables, logistique mondialisée.
Il rappelle que :
Cette réalité pose une question centrale : à quoi sert réellement l’aviation aujourd’hui ?
L’un des concepts les plus marquants de l’épisode est celui du “permis de polluer”.
Dans le cockpit, explique Anthony, le carburant est une jauge, une aiguille sur un écran.
Un vol Paris–Tokyo, c’est pourtant environ 100 000 litres de kérosène brûlés, sans jamais être vus, sentis ou touchés.
À l’échelle mondiale :
L’uniforme, la compagnie, le système créent une distance psychologique qui dilue la responsabilité individuelle. On n’est plus un individu : on devient un rouage.
Anthony rappelle un chiffre souvent mal compris :
l’aviation représente environ 2,5 % des émissions mondiales de CO₂.
Mais ce chiffre est incomplet.
Il faut y ajouter l’impact des traînées de condensation, ces nuages artificiels qui renforcent l’effet de serre. Leur contribution est estimée à environ 2,5 % supplémentaires.
👉 Au total, l’aviation est responsable d’environ 5 % du réchauffement climatique mondial.
L’industrie aéronautique mise aujourd’hui sur plusieurs leviers :
Anthony ne nie pas ces efforts, mais il en souligne les limites :
Selon les projections de l’industrie, le trafic aérien pourrait doubler d’ici 2043.
Pour Anthony, cette trajectoire rend toute promesse de “neutralité carbone” largement illusoire.
Contrairement au discours dominant, Anthony défend une idée simple, soutenue par le GIEC, l’ADEME et de nombreuses publications scientifiques :
il faut réduire la croissance du trafic aérien, voire l’arrêter.
Ce n’est pas une position idéologique, mais un constat physique : les gains technologiques ne suffiront pas à compenser l’explosion des usages.
Quitter l’aviation n’est pas un geste abstrait.
Anthony évoque le regard des collègues, le sentiment de trahison, le poids des crédits, des enfants, des carrières construites sur des années.
Son livre et son témoignage montrent que la transition écologique n’est pas qu’une affaire de technologies ou de politiques publiques : c’est aussi une affaire de renoncements personnels, parfois douloureux.
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Je cherche à comprendre les grands enjeux de la transition écologique, ce qui la freine, et ce qui pourrait l'accélérer, en passant par tous les grands silos de notre société : économie, agriculture, mobilité, culture, logement, énergie, politique, et bien d'autres sujets !