Pourquoi la biodiversité disparaît-elle ? 🐦| Allain Bougrain-Dubourg, LPO (ligue protectrice des oiseaux)
Peu-on sauver la biodiversité ?
Entretien avec Allain Bougrain-Dubourg, président de la LPO
On parle beaucoup du climat. Sécheresses, inondations, canicules : les signaux sont visibles, spectaculaires, quotidiens.
Mais une autre crise avance à bas bruit. Plus profonde. Plus systémique. Celle de la biodiversité.
« Sans biodiversité, rien ne tient », rappelle Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) depuis 1986, et auteur de La biodiversité pour les nuls.
Dans cet épisode de The Big Shift !, il dresse un état des lieux sans détour du vivant en France et dans le monde — et explique pourquoi nous n’avons encore rien compris à l’ampleur du problème.
La France figure parmi les pays les plus riches en biodiversité au monde.
Mais cette richesse est trompeuse.
👉 80 % de la biodiversité française se situe en Outre-mer.
👉 En métropole, le constat est brutal.
Selon le dernier rapport du WWF (2025) sur la biodiversité en France :
« Quand les milieux disparaissent, les espèces disparaissent avec eux », résume Bougrain-Dubourg.
Le vrai drame n’est pas la disparition des espèces exotiques ou emblématiques.
C’est celle des espèces ordinaires.
Moineaux, insectes, amphibiens, oiseaux des champs :
👉 800 millions d’oiseaux ont disparu en Europe en 40 ans
👉 75 % des insectes volants ont disparu dans certaines régions d’Europe
Or ces espèces sont la base de tout le reste.
« Quand les oiseaux disparaissent, c’est tout le cortège du vivant qui s’effondre derrière eux. »
Le diagnostic scientifique est clair, partagé, documenté.
👉 L’agriculture intensive est la première cause de l’érosion de la biodiversité.
Pesticides, monocultures, disparition des haies, sols appauvris :
La plateforme IPBES (équivalent du GIEC pour la biodiversité) le confirme :
la chasse a un impact réel, mais secondaire par rapport au modèle agricole dominant.
Le climat a des indicateurs visibles. La biodiversité, non.
« Quand une espèce disparaît, on ne savait même pas qu’elle existait. »
Un vison d’Europe, une outarde, une tortue d’Hermann : leur disparition ne fait pas la une des journaux télévisés.
Résultat : on continue de penser que le vivant est accessoire.
Derrière cela, une idée dangereuse :
👉 la nature n’aurait de valeur que si elle est utile.
Allain Bougrain-Dubourg cite Victor Hugo :
« Le beau est plus utile que l’utile. »
Les chiffres sont vertigineux.
En biomasse mondiale des mammifères :
« On a occupé la planète comme si le reste du vivant était négligeable. »
Les scientifiques parlent d’une sixième extinction de masse.
Mais Bougrain-Dubourg nuance : nous sommes peut-être au début — et il est encore temps d’agir.
Des exemples prouvent que la reconquête est possible :
Pourquoi ça a marché ?
Les solutions sont connues.
Documentées. Chiffrées. Priorisées.
Le problème n’est pas le manque de connaissances.
C’est le manque de volonté politique.
Consultations citoyennes ignorées, rapports enterrés, lobbying omniprésent :
« On demande l’avis des citoyens pour ensuite s’asseoir dessus. C’est un déni de démocratie environnementale. »
Le dialogue avec les chasseurs s’est durci.
Aujourd’hui encore :
Pour Bougrain-Dubourg, la radicalisation empêche toute table ronde nationale.
Mais localement, des coopérations fonctionnent — notamment avec certains agriculteurs.
Pourquoi la LPO s’est-elle d’abord focalisée sur les oiseaux ?
Parce qu’ils sont des indicateurs biologiques majeurs.
Quand ils vont bien, tout l’écosystème va bien.
Quand ils disparaissent, le reste suit.
Ce que l’on fait pour l’oiseau profite à l’ensemble du vivant.
L’un des grands tournants : la reconnaissance du préjudice écologique en droit français, après le naufrage de l’Erika.
Aujourd’hui :
Le réensauvagement ne signifie pas mettre l’humain sous cloche.
Il s’agit de cohabitation, pas de domination.
« La nature ne reprend pas ses droits. Elle cohabite. »
Loups, ours, zones humides restaurées :
la clé est l’équilibre, pas l’opposition.
Bougrain-Dubourg est clair :
le premier levier est collectif.
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Je cherche à comprendre les grands enjeux de la transition écologique, ce qui la freine, et ce qui pourrait l'accélérer, en passant par tous les grands silos de notre société : économie, agriculture, mobilité, culture, logement, énergie, politique, et bien d'autres sujets !